voyager abîme la planète

Envoyée le 09-06-2008

Voyager abîme la planète ?

1

2

3

 

 

 

Les avions, trains et voitures perturbent le climat de la terre. Est-il encore possible d’admirer les merveilles du monde sans abîmer l’environnement ?

 

 

Les grands voyageurs ont une vision unique du monde. Ils sont prêts à tout – littéralement – pour gravir les pentes enneigées du Kilimanjaro, plonger sur la Grande Barrière de corail, naviguer en Antarctique, marcher dans une forêt de séquoias géants ou s’allonger sur une plage paradisiaque en Asie du Sud-est.

 

Ils sont donc les premiers à remarquer les prémisses d’une catastrophe annoncée. Pas seulement quand un orage gâche une excursion, mais quand la saison des ouragans s’allonge et s’intensifie, menaçant de détruire des villes entières comme la Nouvelle-Orléans. Ou quand une année de sécheresse augmente le risque de feux de forêt, limitant les possibilités de partir en randonnée dans de vastes régions de l’Ouest de l’Amérique. Quand les glaciers reculent.

 

Qu’on l’appelle réchauffement planétaire, dérèglement climatique ou dépression entre deux ères glacières, tout le monde s’accorde à dire qu’il y a un problème. Le rapport publié en février 2007 par le Groupe de travail intergouvernemental des Nations Unies sur les changements climatiques tire le signal d’alarme : “Le réchauffement du système climatique est sans équivoque, puisque les observations ont prouvé l’augmentation de la moyenne des température de l’air et des océans, la fonte des banquises et des glaciers, et la montée du niveau de la mer dans le monde entier.”

 

Si l’on en croit la grande majorité des scientifiques du monde entier (y compris les quelque 1 200 contributeurs au rapport des Nations Unies), l’activité humaine joue vraisemblablement un rôle clé. Et notamment : notre consommation de carburants fossiles pour chauffer ou refroidir nos maisons, propulser nos véhicules et alimenter en énergie nos appareils électriques, relâche trop de dioxyde de carbone et d’autres gaz à effet de serre dans l’atmosphère, retenant la chaleur près de la surface de la Terre. Le résultat est une augmentation légère mais perceptible des températures du globe, ce qui cause tout un tas de problèmes sur la terre et dans l’eau.

 

Les climatologues tirent la sonnette d’alarme depuis plus de décennies. Nous en sommes arrivés à un stade où les particuliers arrêtent de parler de la météo et commencent à agir. Une Vérité qui dérange, le documentaire récompensé par un Oscar sur le dérèglement climatique qu’Al Gore a présenté dans d’innombrables villes, a sa part de responsabilité. La description des dégâts déjà causés par le réchauffement climatique pousse à réfléchir sur l’avenir alors que les estimations abstraites n’ont jamais pu toucher autant la conscience collective. Pour de nombreuses personnes sur les 3,6 millions de spectateurs du film, la question du réchauffement climatique n’est plus à la théorie mais à la pratique.

 

Depuis la sortie du documentaire, d’autres preuves du réchauffement climatique ont continué à affluer. En décembre 2006, l’île indienne de Lohachara, qui comptait une population de 10 000 de personnes, a été engloutie à cause de la montée des eaux dans le Golfe du Bengal. L’archipel de faible altitude des Tuvalu dans le Pacifique Sud pourrait être la prochaine victime. Le pays a signé un accord permettant l’évacuation de l’ensemble de ses 11 000 d’habitants vers la Nouvelle-Zélande si le niveau de la mer continuait d’augmenter. Huit épreuves de ski de la Coupe du monde ont été annulées cette année à cause du faible taux d’enneigement dans les Alpes. Et le Kilimanjaro a perdu 82 % de ses neiges éternelles qui couvrait autrefois son sommet.

 

Les avions, trains et voitures perturbent le climat de la terre. Est-il encore possible d’admirer les merveilles du monde sans abîmer l’environnement ?

 

Dégâts sous surveillance

 

Pour les baroudeurs, l’urgence face à ces changements se fait sentir : comment faire pour admirer les merveilles du monde avant leur disparition ? Mais c’est une épée à double tranchant. Objectivement, voyager en soi est contraire à l’écologie. Il suffit de se rendre au Parc national de Great Smoky Mountain aux USA pour en avoir la preuve. Ce bijou de la nature américaine a été quasiment étouffé à mort par la foule de promeneurs, les constructions de centres commerciaux gigantesques et les fumées des pots d’échappement. Si le même nombre de touristes décidait soudain de se rendre sur la Grande Barrière de corail avant que le réchauffement de l’océan ne tue le récif, cela accélérerait les dégâts écologiques.

 

Il n’y a pas à tortiller : se déplacer nuit à l’environnement. Les véhicules consomment de l’essence, les avions utilisent du kérosène (dont une quantité choquante pendant qu’ils sont au sol), et les bateaux déversent des tonnes de saletés dans l’eau. Même l’Administration américaine de la sécurité des transports aggrave le problème. Depuis le 26 septembre 2006, nous sommes obligés de transporter nos produits de toilette dans des flacons de 90 ml qui remplissent les décharges. Et comme si ça ne suffisait pas, on nous demande de les regrouper dans un sac en plastique refermable, encore un autre produit jetable fait à base de pétrole.

 

On pourrait même dire que le soi-disant écotourisme, qui implique souvent de conduire une jeep dans des endroits complètement sauvages et de déranger la faune et la flore, est plus nuisible à l’environnement qu’un voyage organisé en bus qui reste sur les routes goudronnées. Les esprits épris de liberté se moquent souvent des personnes qui contemplent le monde à travers les vitres d’un bus, mais les touristes en voyage organisé respectent le credo des écologistes en ne prenant que des photos et en laissant quelques rares empreintes de Pataugas. Certes, ces bus relâchent des émissions de carbone et certains touristes jettent des détritus n’importe où, mais leur impact sur l’environnement est sans doute moindre que celui laissé par les alpinistes chevronnés qui abandonnent leurs vieilles bouteilles d’oxygène sur les flancs de l’Everest.

 

Ce qui est encore plus ironique, c’est que l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) accélère la décrépitude des lieux les plus admirables de la planète en les classant Patrimoine mondial de l’humanité. Ce statut ne garantit aucun financement mais une foule de touristes que les 830 sites “d’une valeur inestimable pour l’humanité” sont incapables d’accueillir correctement, surtout ceux qui se trouvent dans les pays en développement.

 

 

Des réformes à grande échelle

 

On parviendra à limiter les dégâts en construisant des véhicules et des avions plus légers qui généreront moins d’agents toxiques, en proposant des transports en commun plus efficaces et plus fiables, en généralisant l’utilisation de biocarburants et en prenant d’autres mesures en faveur de l’environnement. Ces changements sont d’ordre marco économiques et nécessitent l’intervention des gouvernements et des grandes entreprises, qui peuvent se montrer lents à réagir malgré la pression des consommateurs. Selon Dale Bryk du NRDC, “le grand mouvement de l’opinion publique en faveur des crédits carbone reflète la frustration des gens à ne pas résoudre le problème alors qu’on le pourrait.”

 

Les voyageurs doivent se souvenir que les gaz à effet de serre ne savent pas quand ils sont en vacances. Les émissions de carbone favorisent le réchauffement climatique, qu’elles proviennent des avions, d’un Hummer ou d’une tondeuse à gazon. Chacun pourrait adopter un comportement différent chez soi qui compenserait ses émissions de carbone pendant les vacances : ratisser le feuilles au lieu de les aspirer, se déplacer en vélo plutôt qu’en voiture, ouvrir la fenêtre au lieu d’allumer le climatiseur et moins consommer de manière générale. Devenir végétarien peut aussi être une solution, car les élevages produisent du méthane et de l’oxyde d’azote, deux gaz qui sont encore plus nuisibles à l’environnement que le carbone.

 

Ça serait dommage que la sensibilisation du public à l’environnement persuade les gens à arrêter de voyager. Ceux qui visitent le Grand Canyon, les chutes d’Iguazu ou le cratère du Ngoro Ngoro ne peuvent s’empêcher de s’émerveiller sur ce que mère Nature a créé et de se demander quelle est la place de l’homme au milieu de tout ça. Rien ne m’a plus poussé à agir à mon niveau que mon voyage aux glaciers de Patagonie et dans la Forêt de nuages du Costa Rica. Mais nous devons nous réfléchir au prix des voyages sur l’environnement par rapport aux bienfaits personnels.

 

Visiter des trésors faits par l’homme comme la Grande Muraille, la chapelle Sixtine ou les pyramides d’Egypte nous rappelle que nous ne sommes que les locataires temporaires de cette planète. On a déjà fait des efforts impressionnants pour préserver ces joyaux construits par l’homme pour les générations à venir. L’ensemble de la planète n’en mérite pas moins.

 

Installé à Santa Monica en Californie, l’auteur John Rosenthal se déplace et voyage à vélo aussi souvent que possible pour limiter ses émissions de carbone.

 


Retour aux archives